La méta-série

Dans mon travail photographique, les séries ne sont jamais des ensembles clos. Les images circulent d’un projet à l’autre, se déplacent, se recontextualisent. La notion de méta-série désigne ce cadre ouvert, fait de liens, de fractures et de passages, dans lequel le temps, la mémoire et l’histoire deviennent des matériaux actifs de la photographie.

Un ensemble ouvert, fait de liens et de passages

Dans mon travail photographique, les séries ne constituent pas des ensembles clos. Elles ne sont ni des chapitres successifs, ni des projets autonomes définitivement achevés. Elles forment au contraire un ensemble ouvert, traversé de correspondances, de retours et de déplacements.

J’utilise le terme de méta-série pour désigner ce cadre de travail : un espace conceptuel au sein duquel les images circulent, se répondent et se transforment au fil du temps.

Chaque série naît d’un contexte précis — un lieu, une période, une situation historique ou intime. Mais très tôt, certaines images excèdent leur cadre initial. Elles appellent d’autres images, entrent en résonance avec des travaux antérieurs ou à venir, déplacent leur sens.

Une photographie peut ainsi quitter une série pour réapparaître ailleurs, sous une autre lumière, dans une autre constellation. Ce déplacement n’est pas un recyclage, mais une relecture : l’image change parce que le regard change, parce que le temps a travaillé.

Au cœur de cette méta-série, certaines images jouent le rôle de passages. Elles font lien entre des projets distincts, agissent comme des points de tension ou de bascule. Elles portent en elles plusieurs couches de sens, parfois contradictoires.

Ces images-ponts ne cherchent pas à unifier l’ensemble ; elles en révèlent au contraire les fractures, les discontinuités, les failles. Elles témoignent d’un monde instable, traversé par des lignes de rupture — historiques, politiques, intimes.

La méta-série s’oppose à l’idée d’un projet photographique pensé comme une entité définitive. Elle accepte l’inachèvement, le retour, la reprise. Elle suppose que le travail photographique se déploie dans la durée, parfois sur plusieurs décennies.

Ce cadre me permet de travailler avec mes propres archives, de recontextualiser des images anciennes, de les confronter à de nouvelles prises de vue. Le temps n’est pas un simple arrière-plan : il devient un matériau actif du travail.

Dans cette approche, photographier ne consiste pas seulement à produire de nouvelles images, mais aussi à organiser leur circulation : entre les séries, entre les expositions, entre les supports (tirages, livres, textes).

La méta-série devient ainsi un outil de pensée autant qu’un mode de production. Elle permet de lire l’ensemble du travail comme un réseau de relations plutôt que comme une suite linéaire de projets.

Ce qui importe alors, ce n’est pas tant la cohérence formelle que la cohérence des tensions : ce qui revient, ce qui persiste, ce qui résiste au temps et aux tentatives de clôture.

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