Figures d’un
Monde en Sursis
Exposition de Matthias Koch, en collaboration avec la philosophe Claude Molzino
30 janvier → 13 mars 2026
lundi et mardi de 12h à 18h
mercredi, jeudi et vendredi de 12h à 22h
La Ferme, 3B avenue de Bellande, 07200 AUBENAS
Une traversée des fragilités du monde. Des images où le réel vacille, où les formes tiennent encore — à peine. Des textes de Claude Molzino qui accompagnent les photographies comme une respiration, une pensée qui éclaire les zones d’ombre et d’attention.
À écouter - l’émission avec Claude Molzino et Matthias Koch sur Fréquence 7
Fin de partie, comme le disait Samuel Beckett. On range les cotillons, on sort la tête d'autruche de là où on l'a enfouie et on allume la lumière.
Matthias Koch, photographe et Claude Molzino, philosophe proposent un dialogue entre philosophie et photographies du temps présent à travers une exposition, visible à la la ferme à Aubenas jusqu'au 13 mars, tirée d'un ouvrage « Figures d'un monde en sursis ».
L’exposition “Figures d’un monde en sursis” dans
Figures d’un Monde en Sursis est une exposition qui met en dialogue le regard photographique de Matthias Koch et la pensée philosophique de Claude Molzino. Ce projet commun interroge notre époque comme un temps fragile, un présent vécu sous la menace — écologique, politique, technologique — d’une rupture possiblement irréversible.
Les photographies présentées ont été choisies par Claude Molzino, non comme l’illustration de concepts philosophiques, mais comme une constellation d’images capables de faire apparaître, par elles-mêmes, l’état de sursis du monde contemporain. Espaces ordinaires, paysages transformés, scènes en apparence anodines : chaque image agit comme un révélateur silencieux de la vulnérabilité du vivant et de notre responsabilité collective.
Le travail photographique de Matthias Koch s’attache aux seuils : entre présence et disparition, entre ce qui persiste et ce qui menace de s’effacer. Le noir et blanc, la tension temporelle propre à la photographie et l’attention portée à l’absence confèrent aux images une dimension de veille plutôt que de constat.
Sous l’éclairage philosophique de Claude Molzino, ces photographies laissent émerger une « inquiétante étrangeté » qui ne renvoie plus seulement à la mémoire ou à la mort, mais à l’incertitude radicale de notre avenir commun. Loin de tout pessimisme spectaculaire, l’exposition ouvre un espace de conscience : un lieu où regarder devient un acte de lucidité et, peut-être, une première forme d’engagement.
Matthias Koch — Photographe
Installé en Ardèche, Matthias Koch développe un travail photographique où se croisent paysage, mémoire, phénoménologie et poésie du réel. Ses séries — Metamorphosis, Twelve Hours, Todtnauberg, Unheimlichkeit ou Figures d’un Monde en Sursis — interrogent les tensions de l’époque, la transformation des êtres et la fragilité des formes de vie.
Claude Molzino — Philosophe
Agrégée et docteur en philosophie, Claude Molzino vit à Paris. Elle notamment a publié aux éditions Manucius La vérité en Musique (2013), Journal du Japon (2016 ), Passer sans fin (2020), Perspectives croisées (2022) et La musique chair du silence (2022)
Catalogue de l’exposition
Publié à l’occasion de l’exposition Figures d’un monde en sursis à Aubenas, ce catalogue de 44 pages accompagne et prolonge le projet d’exposition.
Il réunit une sélection d’œuvres issues de la série, ainsi qu’un texte de la philosophe Claude Molzino, proposant une lecture théorique exigeante et sensible du travail.
Le catalogue est signé et édité en tirage limité à 100 exemplaires.
Figures d’un monde en sursis, le livre
Regardons le monde tel qu'il est, sans complaisance ni hostilité, et essayons de comprendre où nous en sommes.
C'est ce que propose cet essai construit en dialogues : entre l'oeil et l'esprit, car philosophie et photographies s'éclairent réciproquement pour élaborer une compréhension de ce monde dont nul ne peut ignorer l'inquiétante fragilité. Dialogue également entre hier et aujourd'hui, entre Heidegger et Günther Anders. Si ces images donnent une vision incarnée du présent, la conversation avec des penseurs contemporains ou anciens pour les interpréter veut honorer l'actualité toujours vivante de toute vraie philosophie.
La recension de Stéphane Leteuré du livre « Figures d’un Monde en Sursis » sur le site nonfiction.fr .
Figures d’un monde en sursis se donne pour mission de mettre en relation les photographies de Matthias Koch et l’analyse philosophique qu’en fournit Claude Molzino . Ce « temps du présent » perçu par l’œil du photographe se pense en réalité comme un ensemble de clichés sur le « temps de la fin » que pourrait être notre époque. À la nucléarisation du monde, et au risque qu’elle représente pour le genre humain, s’ajoute une surexploitation de la planète qui font peser sur le monde du vivant une menace sans précédent.
Après avoir posé une réflexion sur les spécificités de l’art photographique, sur l’intérêt du « noir et blanc » et sur le rapport de la photographie au temps et au réel, Claude Molzino recourt principalement aux thèses de Roland Barthes, de Martin Heidegger et de Günther Anders pour démontrer l’utilité de l’art photographique. Sous la plume de la philosophe, ce dernier apparaît judicieusement comme un révélateur pour l’homme de son sursis, autrement dit comme un moyen de l’alerter sur sa responsabilité dans sa propre disparition. Aux risques de la dévastation et de l’annihilation, par delà l’épisode historique d’Hiroshima présenté comme le prélude de cette nouvelle « ère de l’humanicide », jamais selon Claude Molzino « l’être [n’a autant été] sous la menace du non être ».
Dès lors, les photographies de Matthias Koch, sous-tendues par leur éclairage philosophique, réveillent les consciences, voire la conscience du caractère caduque de l’humanité désormais confrontée à l’enjeu de sa survie. Claude Molzino nous rappelle que cette « inquiétante étrangeté » soulignée par le cliché photographique et qui en leur temps, interpella Marcel Proust (qui y voyait la marque de l’absence) et Roland Barthes (qui y associait la mort) devient chez Matthias Koch une révélation : celle de notre vulnérabilité et de l’incertitude sur notre avenir proche.
Les instantanés produits par le photographe allemand soulignent le « désenchantement du monde » et la nécessité à en témoigner de manière à ce que l’espèce humaine sorte de la somnolence inhérente à son quotidien. Qu’ils déplorent, qu’ils ironisent ou bien qu’ils alarment, les clichés de Matthias Koch témoignent de la fin de l’illusion, de cette sortie de l’innocence et de la naïveté coupable. L’enjeu de cette vision de notre présent et, de surcroît, de notre avenir, n’est pas de tomber dans un pessimisme sombre et aporétique qui nous considérerait d’ores et déjà comme condamnés à subir notre propre apocalypse. Bien au contraire, interpeller le lecteur-spectateur sur la portée philosophique des photographies apparaît comme un moyen d’agir, comme une possibilité d’éviter le pire et d’inverser le cours des choses. Il n’y a d’ombre qu’engendrée par la lumière.
Après une réflexion philosophique d’une trentaine de pages, le livre présente 27 reproductions photographiques accompagnées chacune d’un commentaire affuté où Claude Molzino mobilise nombre d’auteurs et de références philosophiques et littéraires allant de la Bible à René Char, de Saint-Augustin à Svetlana Alexievitch, comme autant d’invitations à poursuivre la réflexion. Ce cheminement intellectuel conduit en dernière étape à un « seuil » figuré par le porche d’une église médiévale située au milieu de nulle part mais qui aide le lecteur à comprendre le sens de l’itinéraire suivi de page en page.
La démarche de Claude Molzino s’apparente enfin à un hommage à la philosophie des temps passés considérée comme un moyen de comprendre et d’agir sur notre présent. D’un parking de supermarché de la banlieue parisienne à la vue aérienne d’un quartier de Mexico, d’une skyline nocturne de Hong-Kong à la ruralité du Yucatan, les photographies de Matthias Koch se font parfois l’écho de l’histoire allemande mais couvrent une géographie qui démontre à quel point ce qui est observable à l’échelle locale se trouve désormais lié à un destin global.